La sirène hurlait. Les gens criaient, couraient, se jetaient à terre. La sirène ne se taisait pas. Cela faisait déjà des heures qu'elle chantait, qu'elle envoutait. Tous les marins à bord avaient les yeux vides. La sirène continuait et bientôt d'autres vinrent se joindre à elle et son abominable cri d'urgence, de détresse.Ceux qui étaient encore debout s'accroupirent bientôt, la tête entre les genoux et les mains sur les oreilles. Mais les sirènes continuèrent. Et déjà, sur le navire, quelques mousses avaient abandonnés leur poste, et lentement ils avaient avancés, traversé le pont, enjambé le bastingage. Les sirènes, inlassables, relayaient l'alerte. Dans l'urgence les gens se bousculaient, je tant les plus faibles à terre. Partout on voyait des enfants en larmes, cherchant des yeux un parent, un protecteur. Les sirènes enchantaient.Les mousses sautèrent du bastingage pour bientôt s'abîmer dans le tumulte des flots. La chorale infernale des sirènes accompagna le crépuscule. Et la foule s'arrêta, comme si tous avaient retenus leur souffle, comme un battement de coeur suspendu dans les artères de la ville. Et ils virent. Quant aux sirènes, elles poursuivirent leur chant d'amour. Quant aux marins, ils commencèrent peu à peu à suivre les mousses. Le capitaine tentait de se retenir à la barre, mais bientôt lui aussi se retrouva entraîné. Les sirènes ne cessèrent pas à la nuit tombée, emplissant l'air de leurs hurlements décharnés. En bas, dans les rues, la foule avait cessé. Et tous virent. La lune monstrueusement grosse. Et tous ressentirent la chaleur écrasente. Comme la fin du monde. Bientôt les sirènes chanteraient seules. Le capitaine enjambait le bastingage à son tour. Le dernier rat quittait le navire. Bientôt les sirènes perceraient la nuit, mais plus personne ne sera là pour les entendre.
le texte est un peu long, désolée.
txt: Mai 2008 Violaine O.
img: Aout 2008 Violaine O.